La plongée pour lutter contre le stress et ses peurs

sébastien ricci

 

Il y a des gens que la plongée terrifie : au-delà de la peur de la noyade, il y a cette sensation d’être écrasé par la masse colossale d’eau au-dessus de soi, d’être seul face à l’immensité sans pouvoir ne rien faire. Pourtant, la plongée peut-être un très bon outil pour se détendre, pour se libérer de son stress et de ses peurs, et pour retrouver une sérénité intérieure. En tout cas, Sébastien Ricci y croit.

Accepter ces émotions pour les maîtriser

Chacun possède sa propre manière de ressentir l’expérience sous-marine. Pour beaucoup, il y a tout d’abord l’émerveillement : le monde sous-marin est beau, incroyablement beau, et pouvoir évoluer en son sein procure une sensation de bien-être fantastique. Mais si l’on choisit de ne pas nager, de ne pas explorer, alors on peut se retrouver face à soi-même, et se découvrir autrement. Une fois dans ce « Monde du Silence », comme l’a décrit Cousteau, on retrouve une pureté des sens, avec notre ouïe, notre odorat et notre goût sans utilité dans cet univers. Il ne nous reste que le toucher, où l’eau nous fait profondément ressentir chaque mouvement, et la vue, pour découvrir la vie sous-marine et se contenter de geste pour communiquer avec ses camarades de plongée. On se sent alors bien plus humble, et on finit naturellement par se calmer : chaque mouvement est plus mesuré, plus réfléchi, tandis que l’on se laisse bercer par les visions qui nous enchantent.

Cette sensation si particulière permet un examen de soi, de réfléchir à qui l’on est, à ce que l’on veut, à ce que l’on ressent. Pour certains, l’océan a quelque chose de rassurant, de protecteur : comme un immense manteau naturel sous lequel on peut s’abriter, il donne l’impression que plus rien ne peut nous atteindre. Pour d’autres, il permet d’abord de repenser à ses émotions, souvent les plus désagréables, pour les ressentir avant de les laisser se dissoudre dans la sérénité ambiante. Cela représente une excellente thérapie lorsque l’on se sent triste, en colère ou plein de peurs. Et c’est pour cette raison que la méthode pourrait servir aux rescapés de traumatismes.

La plongée pour les victimes d’attentat

C’est ce que propose une équipe de scientifique en Guadeloupe, de la plongée sous-marine pour soutenir les survivants des attentats du 13 novembre. C’est une « plongée de l’espoir » qui se déroule ainsi dans la réserve Cousteau, soutenu par la Fondation d’aide aux victimes du Terrorisme, la FAVT. Cette dernière a fourni près de 150 000 euros pour le projet, pendant que l’entreprise française Beuchat a fourni les équipements de plongée. Un exemple de solidarité pour un projet porté par l’ingénieur polytechnicien Frédéric Beneton, qui a réuni également des spécialistes des troubles de TSPT, les troubles de stress post-traumatique (connu en anglais sous le sigle PTSD). Durant 12 jours, les 34 personnes vont plonger de manière répétée et pratiquer des exercices de relaxation et de méditation sous l’eau.

Il s’agit donc d’un aide pour des victimes, mais aussi d’une expérience scientifique, car les personnes seront suivies de près, verront leurs signes vitaux mesurés et devront répondre à des questionnaires pour comprendre leur ressenti et leur évolution psychologique. Certains psychiatres se révèlent très intéressés par le projet, arguant que la prise de conscience de son corps (un effet inhérent à la plongée et au corps humain plongé dans l’eau) est un facteur qui aide à se protéger des TSPT. Les scientifiques espèrent pouvoir étendre l’étude à une population plus large, comme les militaires et les pompiers, si les résultats de l’expérience sont concluants. Peut-être nous dirigeons-nous vers un avenir où les certificats médicaux prescriront des séances de plongée sous-marine ? Sébastien Ricci ne peut que l’espérer.